L’éthique bouddhiste pousse à la prise de responsabilité et à la compréhension de ses actes. Il n’existe pas de notion de pêché, ni de culpabilité judéo-chrétienne.
Cette façon de voir les choses est fondée sur le principe du Karma : d’après celui-ci, nous récoltons le fruit de nos actions, vie après vie, et nous avons toujours notre part de responsabilité dans ce qui nous arrive.
Le cycle des réincarnations nous permet de tirer les leçons de nos erreurs et de nous libérer progressivement de la convoitise et des comportements indésirables en agissant à chaque fois d’une façon plus harmonieuse et plus éthique.
« La moralité, plus précisément l’habitude de se conduire selon les règles de la morale, habitude qui doit se cultiver sérieusement et longuement, est l’un des principaux éléments de la méthode de salut enseignée par le Bouddha. Elle est aussi le premier par ordre chronologique, puisqu’on doit la pratiquer avec grand soin et s’efforcer de la développer avant de mettre en application les autres éléments, les méditations et les facultés intellectuelles menant au nirvâna. C’est pourquoi les devoirs des fidèles laïcs consistent essentiellement à observer les cinq commandements moraux fondamentaux et à donner aux moines bouddhiques les aumônes de nourriture et d’autres choses dont ils ont strictement besoin pour subsister. Ces cinq commandements ordonnent de s’abstenir :
- de tuer aucun être vivant, et non pas seulement des hommes ;
- de prendre ce qui n’est pas donné ;
- de se livrer à la luxure ;
- de mentir ;
- d’absorber des boissons alcoolisées.
Il s’agit là d’un minimum indispensable, à caractère négatif, qui est un premier pas dans la lutte contre les vices et les passions, plus précisément contre la méchanceté, la convoitise, le désir sexuel, la fourberie et l’intempérance.
Cependant, la pratique des vertus actives est aussi vivement recommandée, en particulier la bonté, la compassion, le détachement, la maîtrise de soi, le calme, l’équanimité.
De cette manière, le fidèle laïc peut entreprendre d’affaiblir ses passions en cultivant les vertus contraires.
Il doit aussi veiller à ce que ses actes corporels et ses paroles soient tous conformes à la morale : par exemple, il ne doit ni frapper ni blesser un être vivant quelconque, ni prononcer une parole méprisante ou injurieuse.
En conséquence, il doit renoncer à exercer des professions qui obligent à accomplir de tels actes, comme celles de boucher, de soldat, de bourreau.
La pratique de la morale n’est pas recommandée aux seuls fidèles laïcs, mais elle est imposée encore plus fortement aux ascètes bouddhistes, sous ses formes positives et négatives.
En effet, comme l’expliquent très clairement les beaux récits de l’Eveil qui a transformé le jeune Gautama en un bouddha, il faut d’abord supprimer, chasser de son esprit toutes les choses mauvaises, immorales, les pensées de désir et de malveillance, avant d’entreprendre la série des méditations.
Il faut vider son esprit de toutes ces mauvaises pensées qui le souillent et le troublent, pour le préparer aux opérations qui le débarrasseront successivement des activités psychiques, intellectuelles et émotionnelles, qui l’agitent et le dispersent, qui l’empêchent de se concentrer et de s’unifier pour devenir enfin un pur et limpide miroir dans lequel pourront apparaître et briller de tout leur éclat les saintes vérités de la doctrine salvatrice. Autrement dit, la pratique de la morale est la condition nécessaire et préalable à l’exercice des méditations, et celles-ci forment la condition non moins nécessaire et préalable à la naissance de la sagesse ».
André Bareau (Extrait de sa Conférence à Villebon le 11 juin 1989).